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Duos Tot ou Tard

Le pari était osé. Susciter des duos entre artistes d'un label aussi jeune que tôt Ou tard; les enregistrer sans l'intervention de musiciens extérieurs : difficile d'imaginer concept plus familial, ou plus incestueux. Est-ce le terrain, l'ensoleillement, la pluviométrie, le changement de lune, la chance ? Toujours est-il que cette génération d'artistes, dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle est exceptionnelle par le talent, a trouvé à l'intérieur des limites imposées, la serre idéale pour des rencontres rêvées.

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LES DUOS TOT OU TARD

Les duos tôt Ou tard
L'album des duos et trios des artistes du label tôt ou tard existe en 2 éditions : une édition double album et une édition deluxe avec 2 CD + le DVD de 90' "Au clair de la lune" comprenant un documentaire de l'enregistrement studio de l'album et des interviews des artistes, réalisé par Bruno Sevaistre.

Voici une présentation des titres du double album.

Plutôt tôt

Demain demain : texte et musique de Claude Sicre interprétés par J.P. Nataf, Mathieu Boogaerts et Bombes 2 Bal
Il s’agit d’un classique, hélas peu connu, des Fabulous Trobadors. Claude Sicre y énonce une vérité de toujours avec des mots simples. On fuit le bonheur à vouloir le remettre au lendemain. Ce "demain décourage aujourd’hui" a valeur de maxime. Elle prête au chanteur toulousain la sagesse d’un Diogène occitan. Les voix de Mathieu et J.P., accompagnées par le chœur et les percussions du nordeste brésilien des Bombes 2 bal, ne traversent ce texte que pour mieux lui restituer sa valeur universelle.

Escobar : texte et musique de J.P. Nataf interprétés par Thomas Fersen et J.P. Nataf
Dans un style blue grass, cet inédit de J.P. est une saillie pleine de verve bricolée et d’esprit paillard. "Je pars cueillir l'abandon sous l'arbre aux nibards" est l’une des nombreuses truculences que débite cette chanson dont le titre ne rend pas hommage au chef du cartel de Medellin mais à une autre espèce de trafiquant, de plaisirs et de dérives. Thomas Fersen est le client parfait pour incarner ce lascar. Joseph Racaille joue de l’ukulélé et J.P. fait toutes les guitares, la batterie et les percussions.

Na na na : texte et musique de Vincent Delerm interprétés par Vincent Delerm et Mathieu Boogaerts
Cette chanson invente un genre. Devenu un exercice journalistique très tendance, l’interview croisée sert de prétexte à Vincent et Mathieu pour exprimer avec humour, et auto-dérision, ce sentiment d’inachevé qui les saisit parfois au sortir d’un entretien. La prouesse de ce duo, accompagné au piano électrique sur un tempo discrètement rock steady, étant qu’elle fonctionne aussi comme un portrait très ressemblant des deux protagonistes.

Méfie-Toi : texte de Christian Olivier et Claude Sicre, musique de Têtes Raides et Fabulous Trobadors, interprétés par Têtes Raides, Fabulous Trobadors et Bombes 2 Bal
C’est le respect de la conscience de l’autre qui pousse les Têtes Raides à aborder les questions graves avec un petit air de dérision. Comme avec Go Away, cet inédit entend mener de front la fête et le combat. Sur une musique qui marie fanfare et farandole, Christian Olivier tire la sonnette d’alarme comme la queue du mickey de nos manèges d’enfance. A cette ritournelle citoyenne, les Bombes 2 Bal ajoutent un joli contre-point de frais gosiers. Alors que Claude Sicre se shamanise en coq de basse-cour pour une séquence de ragga occitan complètement fada.

L’Espace : texte et musique de Mathieu Boogaerts interprétés par Da Silva et Bastien Lallemant
Tirée de l’album 2000, L’Espace accueille à la fois toutes les espérances et tous les doutes de son auteur, Mathieu Boogaerts. Sur cette nouvelle version Bastien Lallemant et Da Silva semblent vouloir s’entraider. Le monde est si vaste et sa conquête reste incertaine. Mais loin d’enlever au texte et à la mélodie une part de sa vulnérabilité, leurs deux voix n’aboutissent qu’à mieux la souligner. L’instrumentation de Da Silva privilégie les sonorités brèves et cristallines de cordes et de clochettes imitant en cela celles d’une boîte à musique. Le morceau ferait d’ailleurs un Au Clair de L’Amour très acceptable.

Tout le monde se sert dans mon assiette : texte et musique de Jeanne Cherhal, interprétés par Jeanne Cherhal et Franck Monnet.
Dans les années 80, ce titre aurait été la fusée idéale pour placer en orbite n’importe quel groupe de rock. Avec ce jerk emballé, on retrouve le charme des ensembles mixtes - B 52’s, Comateens, Edith Nylon, Revillos - au son d’orgue et de guitare profilé sixties. Les voix de Jeanne et Franck se font complices pour commettre ce "petit meurtre entre amis", à la fraîcheur d’ailleurs très assassine. Mathieu Boogaerts est à la batterie.

Les bancs : texte et musique de Franck Monnet interprétés par François Audrain et Vincent Delerm
Jadis Brassens avait chanté les Bancs Publics où se bécotent les amoureux. Sur Les Embellies, son second album, Franck Monnet rendait lui aussi hommage à ces petits supports d’un romantisme bien parisien. Moins distant que Brassens, son point de vue fait apparaître la curiosité d’un individu témoin des habitudes d’une jeune femme éprise de lecture dans les jardins publics. Il ne l’a pas encore abordé mais ça ne saurait tarder. La version de François et Vincent, avec un accompagnement ragtime au piano de ce dernier, se veut plus printanière que l’originale. Les oiseaux chantent et l’amour guette. Franck Monnet fait les chœurs, la basse et les percussions.

Le Cóco anti coke : texte et musique de Claude Sicre interprétés par Fabulous Trobadors et Bumcello
L’intro jouée au violoncelle électrique par Vincent Segal cite le I shot the sheriff de Bob Marley. Façon d’annoncer que nous sommes en présence d’une chanson militante. D’habitude les chansons anti drogue sont sentencieuses et tristes. Celle-ci déborde d’une vitalité cocasse. Avec leur virtuosité orale coutumière, Claude Sicre et Ange B passent du coq à l’âne pour signifier aux sniffeurs de tout poil qu’ils sont bien les plus bêtes.

Le bouton : texte de Thomas Fersen, musique de Bumcello interprétés par Thomas Fersen et Bumcello.
Thomas Fersen excelle à trousser de bonnes histoires avec des sujets plutôt rebutants. Qui d’un Moucheron est capable de faire un cupidon ; et des Borborygmes d’estomac, une complainte de wagon-lit. Le texte du Bouton n’attendait plus que cette rencontre avec Bumcello pour percer. Le traitement punk y est conforme à cette anarchie épidermique appelée acné que connaisse bien les adolescents. Après écoute, on ne doute plus qu’à cet âge prétendu ingrat, Cyril Atef apprenait la batterie en écoutant les Dead Kennedys, tandis que Vincent Segal se distrayait de ses études au Conservatoire Supérieur de Musique de Lyon au son des Clash.

A L’Ostal : texte et musique de Claude Sicre interprétés par Bombes 2 Bal et Têtes Raides.
C’est une peinture un peu brughelienne, la lumière du soleil en plus. Sur une place de village s’organise une danse de printemps. Une fanfare venue des brumes du nord mêle ses cuivres gras à la folle sarabande que déroule des jeunes filles aux chevilles intenables. Le vin et le cognac ont rosi leurs joues. Et leurs voix chante cette langue d’oc parfumée d’estragon. L’instant est aux réjouissances, à l’amitié, à la fraternité. Nous ne rêvons pas : nous sommes bien en 2005 dans ce pays de France que l’on dit si malheureux…


Plutôt tard

Fiancés : texte et musique de Franck Monnet interprétés par Lhasa et Franck Monnet.
On a chanté l’amour de si nombreuses manières que l’on reste confondu par la fraîcheur et l’originalité de cet inédit de Franck Monnet. Son attrait venant de ce qu’il exprime moins la temporalité de l’amour - qui d’ordinaire fait dire aux amants "je t’aime" - que son éternité. L’image d’un couple d’antilopes, puis celle de deux cyclopes, nous ramène inconsciemment à la naissance du monde et du sentiment. Et c’est sous cet immémorial patronage poétique que Franck et Lhasa s’abandonnent à jouer les nouveaux Adam et Eve.

Cinémascope : texte et musique de François Audrain interprétés par Christian Olivier et François Audrain
La voix des Têtes Raides cède rarement à la tentation de chanter d’autres mots que les siens. Lorsqu’elle y consent, les textes sont signés Robert Desnos ou Kateb Yacine. C’est dire la valeur de l’évocation que fait François Audrain du temps qui passe, lu à la lumière d’un cinémascope déroulant des images de vacances ou d’actualité. Sobrement souligné par une guitare acoustique et un orgue à la sourde mélancolie, c’est le film de nos propres vies que l’on projette ici ; ce sont nos silhouettes de mortels qui apparaissent soudain auréolées d’un halo tendre et pathétique où se reflètent nos illusions, nos échecs, nos trahisons peut-être.

L’échelle de Richter : texte et musique de Vincent Delerm interprétés par Lhasa et Vincent Delerm.
Vincent Delerm est passé maître dans l’art de révéler l’intime. Avec son style incomparable où se conjuguent froide observation et émotion tremblée, il nous invite à partager le secret d’un instant décisif de la vie de deux amants, leurs souffles encore soudés par la passion de leurs récents ébats. Un doux piano électrique immobilise la scène, l’éclaire d’une lumière tamisée de fin d’après-midi dans laquelle baignent leurs corps débarrassés du désir mais où s’est introduit le germe de la séparation. Preuve que quelque chose d’unique se passe, la voix de Lhasa révèle ici une facette inconnue de sa féminité. Mathieu Boogaerts accompagne discrètement à la basse et à la batterie ce pur moment d’élégie. J.P. Nataf est à la guitare.

Luna : texte de Christian Olivier et musique de Têtes Raides interprétés par J.P. Nataf, Jeanne Cherhal et Bastien Lallemant
La rencontre entre trois orfèvres mélodistes et cette chanson de jeunesse des Têtes Raides - tirée de l’album Les Oiseaux - est l’une des plus inattendues et des plus révélatrices de l’esprit de cet album. Dans ce texte de Christian Olivier, transparaît une immense tendresse - beaucoup de sensualité aussi - que la pudeur avait amené son auteur à n’exprimer qu’au moyen de mots un peu bizarres, d’une langue détournée. Et auquel ce trio d’un soir rend l’intention cachée, la nudité originelle. Seuls quelques arpèges autour des reins et une parure de notes de piano viennent habiller cette Luna au moment où elle s’apprête à prendre un nouveau bain de lumière.

Les Aspres : texte et musique de Dick Annegarn interprétés par Dick Annegarn et Mathieu Boogaerts
Sur cet inédit chanté a capella, Dick et Mathieu prennent à témoin la montagne pour marier leurs solitudes. Tels deux randonneurs, ils se croisent sur un sentier. A peine se font-ils un signe. C’est l’écho renvoyé par la paroi rocheuse qui engage en leur nom cet étrange monologue à deux voix où réapparaît un thème qui les suit depuis leurs débuts : être ou ne pas être seul ? Là-haut, l’amitié se fait aussi rare que l’edelweiss. Et l’espoir de la trouver brûle comme la glace.

La Barmaid : texte de Thomas Fersen, musique de Jeanne Cherhal interprétés par Jeanne Cherhal et Thomas Fersen
Cette saynète de piano bar trouve en Jeanne et Thomas deux "acteurs" très complémentaires. Qui ne désespèrent pas de la rime riche ; ni ne renoncent à l’aventure au bout du zinc. Jeanne s’y fait plus chatte que jamais. D’un trouble augmenté de ce scrupule très féminin à vouloir passer pour une oie blanche. Thomas lui, continue d’inventer ce personnage canaille qui sied tant à son timbre gouailleur. Maurice Leblanc avait donné au roman le personnage d’Arsène Lupin. Fersen vient d’offrir celui d’Arsène Lubrique à la chanson française.

Floricanto : paroles de Lhasa de Sela, musique de Lhasa de Sela, Yves Desrosiers, interprétés par Agnès Jaoui et J.P. Nataf.
Actrice et réalisatrice, Agnès Jaoui fait ses débuts dans le monde de la chanson avec ce titre tiré de La Llorona, premier album de Lhasa. Le texte chanté en espagnol parle d’un "cœur qui souffre et se remplit de colère". Accompagnée de J.P., Agnès choisit un ton délicat pour exprimer des sentiments qui ne le sont pas. Ce qui a pour mérite de conserver à ce cœur, la plénitude de son énigme. J.P. joue tous les instruments.

La rousse au chocolat : texte et musique de Jacques Higelin interprétés par Jeanne Cherhal et Jacques Higelin.
Jeanne Cherhal a grandi avec les chansons de Jacques Higelin. Est-ce l’évocation de la gare de Nantes, ville dont elle est originaire, qui a rendu cette Rousse au Chocolat si chère à son cœur? Depuis Alertez les Bébés en 1976 où figurait l’originale, la voix de Jacques s’est assez chargée d’égratignures pour faire un "vieux légionnaire" présentable. Le piano de Jeanne souligne la grâce d’un instant apparemment sans relief. Ici charme et poésie transcendent le banal. La complicité de ces deux-là semble avoir toujours existé.

Dithyrambos : texte et musique de Dick Annegarn interprétés par Dick Annegarn, J.P. Nataf et Franck Monnet
Les récits légendaires ont souvent inspiré Dick Annegarn, qu’il s’agisse de l’épopée du roi sumérien Gilgamesh ou, comme ici, le mythe relatif au dieu grec Dionysos. La chanson, tirée de l’album Citoyen de 1981, évoque une nature d’avant la civilisation, féroce et jouisseuse. Mais aussi la naissance de l’art, le "dithyrambe" étant un chant et peut-être le premier de tous les chants. Dick semble surgir littéralement d’une caverne. Les voix de J.P. et Franck ont la douceur des aèdes. Derrière Franck cogne un tambour de cérémonie païenne. Vient alors l’envie de se réfugier dans ce monde de pure poésie chahuté de forces primitives.

La confession : texte de Lhasa De Sela, musique de Lhasa De Sela, Yves Desrosiers, Didier Dumoutier interprétés par Françoiz Breut et Bastien Lallemant
Comparée à la version originale - sur l’album The Living Road - cette déclaration de désamour perd l’emphase un peu dramatique que lui souhaitait Lhasa ; mais c’est pour gagner une autre vérité. Par leurs retenues, Françoiz et Bastien soulignent combien cette confession n’attend aucune absolution, ne s’accompagne d’aucune pénitence. C’est un texte qui crie calmement une liberté sans concession, et qui inspire à Jeanne Cherhal une partie de piano passionnée.

Big Bamboo : texte et musique de Stanley Beckford interprétés par Stanley Beckford et Bumcello.
Big Bamboo est l’adaptation jamaïquaine du célèbre calypso de Lord Invador Rum & Coca Cola popularisé par les Andrews Sisters dans les années 40. Le mento jamaïquain, dont Stanley Beckford conserve la tradition, est un cousin créole du calypso trinidadien. Bumcello ajoute à ce classique une dimension sonore proche du dub et des ornementations orientales jouées au violoncelle. 

real: attitude & C.Sauvage